Les vieilles illusions d’Oslo

Par Khaled Amayreh

Au milieu d’installations dispendieuses et d’une sécurité
renforcée, des centaines d’investisseurs et d’entrepreneurs
du monde entier se sont réunis la semaine dernière à
Bethléem, au sud de la Cisjordanie, pour discuter de
projets de coentreprises. Les responsables de l’Autorité
Palestinienne (AP) ont décrit la “Conférence pour
l’Investissement en Palestine” de “méga événement” au vu du
grand nombre de participants, dont beaucoup étaient des
hommes d’affaires des communautés palestiniennes expatriées
dans la région du Golfe.

Le Président de l’AP, Mahmoud Abbas, a ouvert la conférence
le mercredi 21 mai à l’Hôtel Intercontinental par un bref
discours dans lequel il a appelé les investisseurs du monde
arabe à investir en Palestine et dans la paix.

Abbas a essayé d’établir un équilibre délicat entre
l’environnement “anti-business et investissement” pour
cause d’occupation israélienne enracinée, et la nécessité
de maintenir un semblant de bien-être économique dans les
territoires occupés, au moins pour permettre aux
Palestiniens de supporter la répression israélienne
systématique qui vise à tuer les aspirations palestiniennes
pour la liberté et l’indépendance.

Abbas a soigneusement évité toute allusion aux “pourparlers
de paix” avec Israël, à l’évidence pour maintenir
“l’atmosphère positive” de la conférence. Cependant,
l’optimisme artificiel d’Abbas n’a pas réussi à rassurer
les sceptiques préoccupés par le fait qu’investir en
Palestine, alors qu’elle est toujours sous occupation
israélienne, ne soit pas une bonne idée.

L’ancien Premier Ministre britannique et envoyé du Quartet
pour le processus de paix israélo-palestinien Tony Blair,
ardeur défenseur de la théorie de “l’économie d’abord” en
Palestine, a bien tenté d’entretenir l’optimisme, disant
que la Palestine méritait une économie prospère. Mais
certains intellectuels et journalistes palestiniens l’ont
accusé d’essayer d’utiliser des incitations économiques
pour soudoyer l’Autorité Palestinienne pour qu’elle fasse
quelques concessions politiques à Israël, en particulier au
sujet des questions clés du conflit arabo-israélien comme
Jérusalem et le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Blair, qui a fait des efforts laborieux pour convaincre
Israël d’alléger les restrictions qui étranglent l’économie
palestinienne, a à peine réussi à obtenir qu’Israël retire
un ou deux barrages en Cisjordanie. En fait, un récent
rapport des Nations Unies souligne qu’Israël a accru, et
non pas diminué, le nombre de barrières et de barrages
routiers en Cisjordanie, ce qui va provoquer du désespoir
chez ceux qui pensent qu’aucune économie viable ne peut se
développer dans un environnement de barrages routiers, de
checkpoints, de couvre-feux militaires et de zones
militaires fermées.

Selon les organisateurs, ce sont 1.500 investisseurs et
hommes d’affaire locaux et étrangers qui ont participé aux
trois jours de conférence. Parmi les participants, une
délégation de haut niveau des Emirats Arabes Unis est
arrivée à bord d’un hélicoptère de l’armée jordanienne, qui
l’a amené directement d’Amman, apparemment en coordination
avec Israël. Beaucoup d’autres participants ont dû recevoir
une autorisation de l’armée israélienne, rappel sinistre
que l’accès à la Cisjordanie, y compris à son marché
d’affaires, est étroitement contrôlé par Israël.

De nombreux invités, en particulier les expatriés
palestiniens, ont été exclus pour des raisons politiques.
Certains des participants sceptiques ont dit qu’ils
n’étaient venus que pour rendre visite à leur famille et
pour pouvoir prier à la Mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem.
D’autres ont dit qu’ils voulaient profiter d’une fin de
semaine de congés pour rencontrer de vieux amis.

Pourtant, en dépit du spectre omniprésent de l’occupation
israélienne, incarnée par les barrières et les checkpoints
militaires près de la salle de la conférence, la réunion
elle-même a été un succès. Selon le Premier Ministre de
l’AP Salam Fayyad, l’homme derrière la conférence, environ
1,4 milliards de dollars ont été promis pour des projets de
coentreprises, qui pourraient créer jusqu’à 35.000 emplois
en Cisjordanie. La somme inclut semble-t-il environ 550
millions de dollars d’importants investisseurs arabes pour
la construction d’une nouvelle ville palestinienne près de
Ramallah.

Lors de la conférence de presse de fin de conférence,
Fayyad a annoncé une stratégie participative entre le
secteur privé et le gouvernement pour “consolider la
coordination et l’intégration”, dans le but de redonner
confiance à l’économie nationale.

“L’Autorité Nationale Palestinienne croit au rôle moteur du
secteur privé et en l’importance de l’intégration avec les
efforts exercés par le gouvernement”, dit-il, ajoutant
qu’il espérait que la conférence déboucherait sur “un
redressement économique”, “une planification et une gestion
sociale et économique durable”, “un développement des
services” et “la levée des obstacles israéliens au
renforcement de l’économie palestinienne”.

Répondant aux critiques qui argumentaient qu’un
investissement économique d’incitation étrangère était
fondamentalement artificiel et destiné à soudoyer les
Palestiniens pour qu’ils fassent des concessions politiques
à Israël, Fayyad a dit qu’il y avait une séparation totale
entre les pourparlers de paix avec Israël et les efforts
pour attirer l’investissement étranger en Palestine. “Ce
n’est pas un conflit économique qui requiert une solution
économique. C’est un conflit politique qui requiert une
solution politique. Et je vous assure que nous ne
satisferons aucune demande politique qui serait liée au
travail de revitalisation de notre économie”, a-t-il dit.

Reconnaissant le fait que l’occupation israélienne était le
principal obstacle d’un environnement d’investissement
favorable, Fayyad a argué que les Palestiniens n’avaient
pas d’autre choix que celui de se cramponner à la vie.
“Nous voulons vivre, et nous ne pouvons pas le faire
normalement sans créer un minimum de normalité économique.
Chaque année, 50.000 jeunes hommes et femmes arrivent sur
le marché du travail et nous devons leur créer des emplois.
Nous voulons un développement permanent, mais la
réalisation de cet objectif dépend du retrait des barrières
et restrictions israéliennes. C’est pourquoi cette
conférence est un message au monde, un message de défi – un
défi positif.”

En dépit de l’optimisme, le contraste absolu entre
l’environnement illustre d’un côté, et la pauvreté abjecte
qui hante de grands pans de la société palestinienne de
l’autre, semblait servir de métaphore renvoyant à l’énorme
fossé entre les fortes attentes créées et les sombres
réalités politiques du terrain.

Mohamed Shtayeh, directeur du Conseil Economique
Palestinien pour le Développement et la Reconstruction
(PICDAR), reconnaissait : “L’investissement en Palestine
est différent de l’investissement dans tout autre pays.”
“Aux USA, ils disent ‘Les affaires habituelles’. Ici, c’est
‘Les affaires inhabituelles’.”

Shtayeb a réfuté que la conférence soit un pot-de-vin au
dépens des droits palestiniens, disant : “Il vaut toujours
mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité.”

Adel Samarah, économiste palestinien de gauche, n’est pas
d’accord. “Ce n’est pas la question d’allumer des bougies
ou de maudire l’obscurité. Parler de cette façon, c’est de
la poésie, de la littérature et des émotions, pas de
l’économie. Pendant l’ère Oslo, on nous a dit que Gaza
allait devenir la Singapour du Moyen Orient et que la
Cisjordanie serait comme Hong Kong. Ce qui est arrivé, en
fait, c’est que Gaza est devenu un camp de concentration et
que la Cisjordanie a sombré de plus en plus profond dans le
bourbier de l’occupation.”

Samarah a fustigé l’Autorité Palestinienne, traitant ses
dirigeants et ses responsables de “gang de carriéristes
avides d’argent qui sacrifient les intérêts nationaux
palestiniens sur l’autel de leurs intérêts financiers
immédiats.”

Samarah a ensuite accusé l’AP de “maquer les investisseurs
arabes pour normaliser avec Israël pendant qu’Israël
décapite la Palestine et son peuple”.

“C’est une normalisation économique scandaleuse entre les
Etats arabes et Israël, et cela se produit aux dépens de la
cause nationale palestinienne. Ils sont simplement en train
d’essayer de reproduire les illusions de l’ère Oslo”, a
ajouté Samarah.

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