Lorsqu’il s’agit d’Israël, l’Europe est hypocrite

Lorsqu’il s’agit d’Israël, l’Europe est hypocrite, soumise
et obséquieuse

par Khalid Amayreh

Comparée au malade de la Maison Blanche, l’Europe peut
sembler moins belliqueuse, moins agressive et moins
déraisonnable dans son approche globale des problèmes
internationaux controversés. Cependant, lorsqu’il s’agit du
calvaire des Palestiniens, les USA et l’Europe ressemblent
beaucoup à Dupont et Dupond.

Dans les mois et années récentes, les dirigeants européens,
Merkel en Allemagne, Sarkozy en France, Brown en
Grande-Bretagne et Berlusconi en Italie, ont honteusement
encouragé la sauvagerie israélienne jusqu’à embrasser sa
criminalité impitoyable contre le peuple palestinien,
jusqu’au nettoyage ethnique génocidaire continu dans les
territoires palestiniens, en particulier dans la Bande de
Gaza.

C’est vrai, le ton européen des discours sonne souvent
moins odieux, en particulier si on le compare au véritable
bruit de bottes qui monte de Washington. Mais en dernière
analyse, le résultat, dans les deux cas, est similaire. En
fait, les USA et l’Europe collaborent et sont même de
connivence pour faire aboutir leurs buts malhonnêtes,
souvent en jouant le vieux jeu du bon et du mauvais flic
avec leurs victimes persécutées, que ce soit en Palestine,
au Soudan ou en Iran.

Mais l’Europe a joué le rôle du bon flic de façon si
misérable que beaucoup au Moyen Orient (je parle de gens
ordinaires, pas des régimes indignes marionnettes des
américains) se demandent si l’Europe, elle aussi, n’est pas
contrôlée par des néocons à l’esprit guerrier.

Aucun Palestinien ni aucun Arabe ne demande à l’Europe, en
particulier à un pays comme l’Allemagne, d’adopter une
attitude hostile à l’égard d’Israël.

Cependant, les états européens, dont l’Allemagne,
devraient, nonobstant toute autre considération, dont le
lourd héritage de l’holocauste, dire clairement à Israël
qu’organiser le blocus des Palestiniens, les affamer et les
tuer sont des actes criminels qui vont bien au-delà de
l’acceptable.

Certains responsables européens font, de temps en temps,
des déclarations critiques sur les atrocités israéliennes
et les manoeuvres draconiennes contre les Palestiniens sans
défense. Cependant, la réticence européenne à agir selon
ces déclarations suggère que l’Union n’a pas sérieusement
l’intention d’adopter une approche honnête de la question
palestinienne.

Si l’Europe voulait être sérieuse et honnête au regard de
la conduite manifestement criminelle d’Israël en
Cisjordanie, à Jérusalem Est et dans la Bande de Gaza, elle
dirait au gouvernement israélien voyou que l’étranglement
de Gaza est aussi méprisable que l’étranglement du Ghetto
de Varsovie en 1943.

Elle dirait à Israël qu’affamer et torturer et tuer des
gens innocents, sous le prétexte de punir le Hamas pour ne
pas reconnaître l’Etat manifestement criminel, est
incompatible avec la législation internationale et la
décence humaine.

Elle dirait à Israël qu’étrangler l’économie palestinienne
en Cisjordanie en érigeant plus de 500 barrages routiers
néo-nazis à l’entrée de chaque ville, village, hameau et
camp de réfugiés palestiniens est un crime contre
l’humanité que l’Europe ne peut tolérer.

Elle dirait à Israël qu’interdire à des dizaines de
milliers d’intellectuels, journalistes et écrivains
palestiniens d’aller à l’étranger est inacceptable.

Israël se livre systématiquement à toutes les violations
imaginables de la dignité et des droits humains
palestiniens, et l’Europe est parfaitement au courant de la
situation car des centaines d’observateurs, contrôleurs,
diplomates et activistes européens basés dans les
territoires occupés communiquent régulièrement à leurs
capitales la sombre réalité de l’occupation israélienne.

En conséquence, l’inaction ou la réticence européenne à
appeler un chat un chat lorsqu’il s’agit d’Israël, n’est
pas due à l’ignorance de la réalité en Palestine, mais
plutôt à une décision européenne volontaire de la jouer
aveugle, sourde et muette et de regarder ailleurs, laissant
ainsi les Palestiniens seuls face à leur sort entre les
mains d’un Etat qui est un véritable crime contre
l’humanité.

Au cours des semaines récentes, Israël a déclaré qu’il
allait construire des milliers de nouveaux appartements
coloniaux réservés aux Juifs partout en Cisjordanie, y
compris à Jérusalem Est arabe occupée. Ce qui constitue une
violation flagrante de la “feuille de route” parrainée par
le Quartet et de l’esprit global du “processus de paix”
entre Israël et l’Autorité Palestinienne.

Et alors que la décision provoque des réactions de colère
de la part de certains cercles pacifistes israéliens comme
Gush Shalom (le Bloc de la Paix), les capitales européennes
restent totalement silencieuses.

Pour être honnête, il faut signaler que le Ministre
français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, qui est
juif, a critiqué l’expansion coloniale lors de la
Conférence pour l’Investissement en Palestine, à Bethléem
la semaine dernière. Cependant, l’attitude cordiale du
Président français vis-à-vis d’Israël semble avoir
convaincu la direction israélienne que toutes les critiques
des crimes israéliens émises par le Ministre français des
Affaires Etrangères devaient être carrément prises comme
une feinte de relations publiques destinée au public arabe.

Le 23 mai, les Nations Unies rapportaient que le nombre de
barrages routiers israéliens en Cisjordanie avait augmenté
de 7% depuis septembre dernier. Ceci en dépit des promesses
et engagements répétés de l’Etat sioniste de faciliter la
mobilité des Palestiniens.

Le Bureau de Coordination des Nations Unies pour les
Affaires Humanitaires à Jérusalem a rapporté que le nombre
total de blocages routiers et autres barrières était passé
de 566 au 4 septembre 2007 à 607 au 29 avril 2008. Le
rapport indique qu’Israël a démantelé 103 obstacles, mais
en a construit 144 nouveaux.

A nouveau, il n’y a pas eu le moindre mot de condamnation
de la part des capitales d’Europe, ces mêmes capitales qui
ont boycotté le mouvement Hamas parce qu’il refuse de
reconnaître la légitimité de l’occupation israélienne de la
Palestine et le nettoyage ethnique génocidaire de sa
population indigène.

Paradoxalement, ce silence honteux arrive au milieu de
chœurs d’appels européens à revitaliser l’économie
palestinienne moribonde, principalement à cause des
restrictions israéliennes sur la mobilité et
l’accessibilité.

Tony Blair, l’ancien premier ministre britannique
incurablement malhonnête, a utilisé toutes les occasions
imaginables pour faire la promotion de sa théorie de
“l’économie d’abord” envers les Palestiniens,
principalement dans l’espoir que les incitations
économiques les allècheraient tellement qu’ils feraient des
compromis sur des questions aussi primordiales et
cardinales que le droit au retour des réfugiés et Jérusalem
Est.

Cependant, en dépit de toutes les réunions avec les
responsables israéliens et les annonces hautement
optimistes, tout ce qu’il a réussi à obtenir, c’est que
l’armée israélienne retire un ou deux barrages routiers sur
500.

Voilà l’homme qui s’est évertué à convaincre le monde que
la construction d’une économie palestinienne prospère sous
occupation israélienne néo-nazie était un choix qui valait
le coup d’être exploité.

Il va sans dire qu’une approche européenne moralement
incohérente envers le calvaire palestinien n’augure rien de
bon, ni pour l’Europe ni pour le monde au sens large.

Si l’Europe, avec les Etats-Unis, continue de permettre aux
“forces de la jungle” de déterminer la règle du jeu (les
politiques internationales), alors tous les états en
tireront leurs conclusions parce que la survie est
primordiale pour les nations comme pour les individus. Et
si la force ne respecte que la force, alors chacun devra
être fort ou risquer l’extinction, ou au moins
l’asservissement aux puissants.

Je dis ceci parce que ce que l’Amérique et l’Europe
semblent dire aux Palestiniens, c’est que tant que vous
serez faibles, vous continuerez à être tués, violés,
persécutés et affamés à mort, et vous devrez vous installer
dans une vie de sujétion perpétuelle au “peuple élu”.

Quelques états, tel l’Iran, ont déjà reçu et intériorisé le
message, et tôt ou tard, d’autres suivront.

Est-ce là le monde idéal que l’Europe veut voir ?

(end)

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