Le mirage d’Annapolis

vendredi 23 novembre 2007

Khalid Amayreh

Prévoir l’échec du sommet d’Annapolis n’est pas simple spéculation.
C’est l’évaluation réaliste d’un événement qui n’est pas destiné à
être un succès, même si les désirs proclamés tendent à suggérer le
contraire.

De fait, mis à part les plaisanteries visant à créer une atmosphère
détendue et positive, Israël et l’Autorité palestinienne n’ont pas
réussi à atteindre un minimum d’accord sur les questions
fondamentales qui définissent la question palestinienne.

Il y a, de cela, quelques semaines, les responsables officiels de
l’Autorité palestinienne étaient presque euphoriques, à l’idée de
cette conférence. Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, avait juré de
boycotter Annapolis si Israël ne s’engageait pas – question de
principe – à mettre un terme à son occupation de la Cisjordanie, de
la bande de Gaza et de Jérusalem Est, et s’il n’acceptait pas un
règlement équitable du problème des réfugiés conformément à la
résolution 194 de l’Onu. Mais Israël, bien entendu, n’a accepté
aucune de ces conditions.

Aujourd’hui, l’AP ira à Annapolis, sans la moindre police
d’assurance, en s’en remettant essentiellement à la « bonne volonté »
de George Bush (quoi que cela puisse bien vouloir dire, dans la
réalité ?)

J’ai demandé à un officiel de haut rang de l’AP, à Ramallah, cette
semaine, comment il se faisait que la direction de l’AP se rende à
Annapolis, en dépit du fiasco retentissant des rendez-vous
interminables entre responsables israéliens et palestiniens ?

Embarrassé par ma question, ce responsable m’a répondu : « Nous
allons à Annapolis afin de démontrer au monde entier la justice de
notre cause et la nécessité d’une paix juste et durable dans cette
région particulièrement instable. »

Je lui ai alors rappelé que « nous faisons ça depuis des générations,
mais sans résultat ». Dérangé par mon intrusion, l’officiel me scruta
plutôt agressivement, et dit : « Que pouvons-nous faire d’autre ? Si
vous avez des idées, faites-en part à Abou Mazen ! »

Il y aura différentes catégories de participants et de simples
spectateurs, à la conf’ d’Annapolis : à tout saigneur, tout honneur,
le thaumaturge du désastre, George Deubeuliou Bush, le Führer de la
Maison-Blanche, celui qui a envahi, occupé et détruit deux pays
musulmans et tué directement ou causé la mort de plus d’un million
d’êtres humains innocents, sous prétexte de débarrasser le monde
d’armes irakiennes de destruction massive qui s’avérèrent autant de
moutons à cinq pattes.

Ce type, qui a prétendu que Dieu lui-même lui avait indiqué quoi
faire, n’a jamais eu le courage moral de dire : « J’ai commis une
erreur, Mea Culpa, Mea Maxima Culpa ! » Non. Bien au contraire, il a
inventé toutes sortes de prétextes, d’histoires invraisemblables et
de mensonges patents pour justifier sa nature criminelle et ses
projets malfaisants. Mais il est vrai que, très souvent, les
criminels ne font montre d’aucun remords, ni même du moindre intérêt
pour leur crime et ceux qui en ont été les victimes…

Et cela nous amène inéluctablement à cette question : les peuples du
Moyen-Orient, en particulier, et les peuples du monde entier, de
manière générale, peuvent-ils s’en remettre au tout premier des
assassins et des menteurs du monde pour contraindre Israël à faire la
paix ? N’oublions pas qu’il s’agit en l’occurrence de l’homme qui a
osé qualifier Ariel Sharon, ce criminel de guerre patenté, d’ « homme
de paix » !

Et puis, il y aura aussi le criminel, menteur et voleur à temps plein
– Israël – un pays qui assassine des écoliers et qualifie cette
monstruosité de légitime défense, puis ment sur ses crimes et
qualifie ses mensonges de ‘hasbara’ [propagande, bourrage de crâne
israélien à la Goebbels, ndt] ou relations publiques, un pays qui
assure avoir mis un terme à son occupation de Gaza, tout en
continuant à contrôler étroitement les frontières de ce territoire,
les points de passage à travers ces frontières, son espace maritime,
son espace aérien et ce qui constitue l’artère vitale même de toute
la région.

Le dirigeant de ce pays scélérat, Ehud Olmert, va à la conférence
d’Annapolis, non pour faire la paix et faire montre de bonne volonté
à l’égard des victimes d’Israël, mais, tout au contraire, afin de
s’assurer qu’aucun progrès notable n’en émane.

Olmert, un homme célèbre pour ses crimes, sa fausseté et sa
fourberie, s’adonnera lourdement à la prévarication, aux jonglages
sur les mots et aux diversions, mais il évitera soigneusement tous
les vrais problèmes, à savoir l’impérieuse nécessité de mettre fin à
son occupation haineuse de la patrie palestinienne et aux brutalités
à l’encontre du peuple palestinien.

Olmert ne fera pas même allusion aux millions de misérables réfugiés
palestiniens croupissant dans de sordides camps de réfugiés dans
l’ensemble du Moyen-Orient pour la simple raison qu’un pays se
targuant d’être une lumière éclairant les nations ne leur permet pas
de rentrer chez eux, dans leurs maisons, dans leurs villes et
villages, d’où ils furent déracinés au moment où ledit pays a été
imposé à la région, voici, de cela, soixante ans.

Il ne fera nulle mention de Jérusalem Est, dont l’identité arabe,
chrétienne et musulmane, est menacée en permanence par les régimes
israéliens successifs, qui, tous, veulent la décapiter, humainement,
spirituellement, démographiquement et économiquement.

Et, bien entendu, il ignorera totalement le sinistre blocus imposé
par Israël à un million quatre-cent-mille Gazaouis, soumis à des
épreuves terribles et affamés parce que les sionistes ne peuvent
pardonner aux Palestiniens d’avoir élu un parti politique qui n’a pas
l’heur de leur plaire.

Loin d’envisager honnêtement et sérieusement les véritables
problèmes, Olmert va lancer des manœuvres de diversion visant à
renforcer le président de l’AP, Mahmoud Abbas, et à encourager « les
forces de la modération et de la paix », comme si le vrai problème,
en Palestine, c’était l’absence de modération et de paix chez les
Palestiniens, et non l’occupation israélienne qui n’a rien à envier à
celle des nazis [en Europe], et l’oppression des Palestiniens ?

Ah, et puis, n’oublions pas : il y aura Abbas, le chef de l’AP
soutenu par les Américains, qui pense, apparemment, que c’est le
moment ou jamais de « faire la paix », parce que la conscience de
l’Amérique viendrait, tout soudain (on se demande bien pourquoi) de
sortir de sa torpeur, et parce que George Deubeuliou Bush aurait subi
une métamorphose miraculeuse qui, de monstre qu’il était, en aurait
fait un Saint ?!

Abbas est totalement lamentable, pathétique. Il a déjà mis tous ses
œufs (oups : nos œufs !) dans le panier américain, ce qui veut dire
qu’il ne sera certainement pas en mesure de leur dire « NO », même
quand il le devrait. C’est la raison pour laquelle la seule chose
qu’il puisse faire pour sauver son « Autorité palestinienne », qui
est en réalité dépourvue de la moindre autorité, c’est rêver en plein
jour et implorer le loup-garou de la Maison-Blanche de bien vouloir
prier Israël de faire montre d’un réel désir de paix. Les rêves
éveillés, nous disent les psychanalystes, représentent le dernier
degré de la frustration.

Mais comme l’a dit un célèbre poète arabe, Ibn Zuheïr, voici plus de
quatorze siècles, qui ne se respecte pas lui-même ne risque pas
d’être respecté par autrui ! Abbas n’a que lui-même à qui s’en
prendre. Il a cru Bush et Olmert, au point de devenir un suppliant
humilié sur leur paillasson. Il a maltraité son peuple, et il a fait
beaucoup de choses qui n’auraient jamais dû être faites – tout ça,
pour complaire à Olmert et à Bush, dans une démarche d’apaisement,
intrinsèquement vaine.

D’une formule lapidaire : les clochards ne peuvent pas être les
décideurs !

Et puis il y aura la horde habituelle des despotes arabes, qui
suivent l’Amérique comme des caniches, et qui placent la
pseudo-légitimité découlant de leur acceptation par l’Amérique bien
au-dessus d’une légitimité authentique qui découlerait de leur
reconnaissance par leurs propres peuples.

La plupart de ces rois et de ces présidents-à-vie sont tout-à-fait
lassés de la cause palestinienne, et ils sont plus qu’impatients de
vendre les derniers pauvres restes de l’honneur et des droits arabes,
en y incluant, probablement, la Mosquée Al-Aqsâ, le troisième lieu
saint de l’Islam. Cette inertie, cet épuisement, sont immédiatement
perceptible : il suffit d’entendre le timbre de leur voix.

Toutefois, ces tyrans aimeraient voir les Palestiniens procéder
eux-mêmes, les premiers, à ce bradage, afin qu’ils puissent être en
mesure de dire à leurs peuples respectifs : « Regardez ! Nous ne
pouvons pas être plus Palestiniens que les Palestiniens, quand même !
» [Avez-vous noté ce clin d’œil au « quand même » sarkozyen ?! ndt]

Ce sont ces mêmes dirigeants qui colludent actuellement, en toute
quiétude, avec Israël, afin de décimer et d’affamer le peuple de
Gaza, pour se concilier l’Amérique et obtenir d’elle un certificat de
bonne conduite.

Et puis, il y aura aussi l’Union européenne, dont les dirigeants
continuent à cultiver les bonnes grâces d’Israël, en dépit de la
manière horrible dont ce pays traite les Palestiniens. C’est cette
même Union européenne qui a apporté la démonstration ad nauseam
qu’elle ne laissera pas passer sans la saisir la moindre opportunité
de succomber aux pressions sionistes, fusse au prix de voir des
civils innocents réduits à la famine et massacrés.

Voici de cela quelques jours, le ministre français des Affaires
étrangères, Bernard Kouchner, a assuré à Israël que la France
chercherait toujours à garantir la sécurité d’Israël ! Y a-t-il pire
prostitution morale ? La « sécurité d’Israël » ! Un pays qui détient
trois cents armes nucléaires, sept cents bombardiers
ultrasophistiqués, quatre mille tanks et plusieurs sous-marins
nucléaires, devrait être protégé et sanctuarisé, alors que les
Palestiniens qui, eux, parviennent difficilement à mettre sur la
table familiale de quoi manger pour leurs enfants affamés, devraient
être punis et soumis au blocus…

N’oublions surtout pas Tony Blair, l’ex-Premier ministre traître et
duplice, qui a des tonnes de sang irakien sur ses sales mimines. Et
voici que ce criminel de guerre s’efforce, aujourd’hui, d’acheter les
Palestiniens en leur graissant la patte avec des « projets de
développement économique », dans l’espoir que cela leur ferait
oublier certains de leurs droits inaliénables, dont le droit des
réfugiés palestiniens à retourner se réinstaller à Jérusalem.

Enfin, la conférence d’Annapolis aura les honneurs du comique
troupier Ban Ki-moon, qui viendra y assister. Pour ceux qui ne le
savent pas, ce Ki-moon doit en permanence tourner sa langue
quarante-neuf fois dans sa bouche, de peur que ne lui échappe par
inadvertance quelque chose qui risquerait de déplaire à Bush et à
Condoleezza Rice…

Eh bien, avec une compagnie aussi grandiose : les Palestiniens n’ont
aucun souci à se faire !

Leur cause est entre de bonnes mains !

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